Docteur en psychologie, Ilios Kotsou est chercheur au sein de la chaire Mindfulness, bien-être au travail et paix économique de Grenoble Ecole de Management. Ce passionné de l'humain formé MBSR et MBCT est membre du Mind & Life Europe, et a cofondé l'association www.Emergences.org pour une société consciente et plus solidaire.

Article sur PSYCHOLOGIES (fev. 2015)

L’homme est à l’image de son prix :chaleureux, joyeux, souriant. Et tellement content que son essai ait été couronné ! Rien de surprenant : la majorité des jurés ont choisi L’Éloge de la lucidité parce que ce livre donne de l’énergie. Et va à contre-courant des idées dominantes du moment. Faisant fi de l’obligation au bonheur en toutes circonstances (ce qui a pour effet de nous plonger dans le malaise), Ilios Kotsou proclame : « Non, on ne peut pas tout positiver ! » Quel soulagement ! Nous ne sommes pas obligés de trouver le bonheur, nous explique-t-il, et nous ne sommes pas en dette vis-à-vis de l’existence si nous sommes malheureux. En l’acceptant, nous évitons de tomber dans les pièges que nous tendent la société de surconsommation – pour être heureux, possédons – et l’idéologie de la réalisation de soi à tout prix. La lucidité, défendue par Ilios, c’est cette capacité à voir le monde et à nous voir nous-mêmes tels que nous sommes : imparfaits, hésitants et dépendants les uns des autres. Voilà comment, en nous saisissant du moment qui passe, nous parviendrons à rencontrer le bonheur

Pourquoi l’auteur a écrit ce livre

Psychologies : Comment vous est venue l’idée de ce livre ? 
Ilios Kotsou : Lors de conférences et de stages, j’ai rencontré des personnes présentes à la vie, à la joie, en dépit de grandes difficultés. J’ai beaucoup étudié l’effet des émotions sur notre vie, notre santé. Une particularité me frappait : la quête du bonheur nous éloigne de l’épanouissement. Le bonheur n’est pas un but, c’est une capacité. Et l’idée du livre m’est venue ainsi.

Vous semblez très heureux. Parce que vous êtes lucide ? 
Ilios Kotsou : Peut-être… Mais pour moi, le bonheur, c’est la manière de marcher sur le chemin de la vie, et non sa destination, qui peut être difficile. J’ai perdu mes parents à l’âge de 16 et 17 ans, mon père s’est suicidé quelques mois après la mort de ma mère. Ma mère m’a laissé une vision très positive de la vie, et j’ai également fait des rencontres décisives, comme celle d’un médecin qui m’a donné à lire un livre chaque mois et dont nous discutions. De la bibliothérapie avant l’heure ! C’est de cette manière que j’ai découvert l’école de Palo Alto, la psychologie positive… Tout cela a orienté ma vie.

Avec votre compagne, vous avez créé une association, Emergences. La vie sociale contribue donc à notre épanouissement ? 
Bien sûr ! Émergences organise chaque année un colloque sur ces questions du bien-être, du sens, avec des invités comme Frans de Waal, Alexandre Jollien, Thierry Janssen… Les recettes financent différents projets, comme le Samusocial de Bruxelles ou une maternité au Bénin. Notre bonheur n’est pas séparé des autres. Il en est nourri. Nous apportons notre part du colibri, comme le dit Pierre Rabhi.